Le journal de guerre 14-18
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Souvenirs 14-18 est le titre donné à ce journal manuscrit


Albert Siffait de Moncourt en 1917
âgé de 58 ans

      


La dédicace du journal de guerre

 

Préface

Ceci n'est pas une histoire de la guerre. J'ai voulu simplement pour mes petits enfants, si j'ai le bonheur d'en avoir, résumer mes impressions pendant cette période qui a du laisser à tous des souvenirs inoubliables. Mon rôle, bien modeste ma permis d'observer cependant les combattants de tous grades. Je n'ai pas pu comme je l'aurais désiré, prendre une part réelle au combat. Ceux qui liront ces lignes verront que je n'ai été ni un héros ni un embusqué et cela me suffit. Pensant que les vieux bien portants pouvaient se rendre utiles, j'avais comme tous ceux qui sont partis, fait le sacrifice de ma vie. Je n'ai jamais espéré que cela sauverait mon fils, car la mort frappe indistinctement. Je voulais seulement, puisque le recrutement acceptait un engagé de 55 ans, rejoindre, sur mon cheval mon fils au 13ème dragons. Les règlements me l'ont interdit et j'ai pu seulement voisiner avec lui pendant quelques mois en 1917, quand nous avons appartenu au même corps. N'ayant aucune disposition pour l'ambulance, ni pour la mécanique, je ne pouvais que reprendre mon métier - combien mal exercé - de cavalier de 2ème classe après 35 ans d'oubli, mais cette fois utilement. Et puis je me disais : ou bien c'est la fin de la France, alors mieux vaut mourir avec elle que de devenir boche, ou bien c'est la victoire, et il serait malheureux de ne pas en être.

Voulant, c'est le seul intérêt des notes de la guerre, dire la vérité, toute la vérité, je dis ce que je pense des hommes, même de mes amis, dont le caractère, beau ou laid, s'est manifesté auprès de moi. Ceux que j'ai vus sous un jour défavorable je ne les nommerai pas, les désignant sous de fausses initiales. Peut-être suis-je plus susceptible que d'autres, comme mon fils d'ailleurs, j'ai beaucoup souffert des hommes, tandis que la souffrance causée par le froid, la faim, la boue, la fatigue, le manque de sommeil, ne m'a jamais affecté.

 
 

Photographie trouvée dans le carnet de guerre, représentant Albert Siffait de Moncourt en estafette vers la fin de la guerre.
Il monte Brin d'amour un cheval avec lequel il lui arrive de faire 100 km en une journée. Ci-dessous, une citation extraite du carnet :
« J’entendis un poilu dire en me voyant passer : « Ce vieux-là, il monte comme un civil. ». Des éloges que j’ai pu recevoir pendant la guerre celui-ci est un de ceux qui m’ont le plus touché. » NB: par comparaison avec un militaire qui monte pour se montrer plus que pour son plaisir !

En février 2005, Xavier Daras, arrière petit fils d'Albert Siffait de Moncourt à fait une conférence sur le thème "L'art dans la vie d'un soldat de 14-18" , une synthèse de cette conférence a fait l'objet d'une publication dans le Bulletin de la Société d'Emulation d'Abbeville Tome XXIX- Fascicule 5- 2005

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